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faust ▴ in the shallows
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Dim 11 Oct - 21:00
let the water rise
//flashback + faust
Certaines mains ne se touchent jamais.
Elles s'effleurent se cherchent s'oublient se manquent ; mais le contact les effraie oh comme si c'était trop réel pour elles.
Silhouettes filiformes oh araignées elles s'agrippent, tissent de ces toiles étranges -les transparentes, les plus mortelles- et étranglent les désirs les amours les regrets la haine ; et resplendir de ces rebours, Pasiphaé achiléennes -comme si rien d'autre que leurs existences ne comptait.
Oh, fantômes.
Rien n'est plus spectre qu'un toucher -et toi, Sybil, tu préférerai peut-être garder des marques de ces contacts. Des petites entailles oh des coupures de milles papiers ; et peut-être que les gens chériraient leurs blessures, et peut-être que les gens réfléchiraient à deux fois avant de se ruer vers des silhouettes bien vite effacées.

((et peut-être
que ça t'empêcherait d'oublier
- numineux, ces souvenirs d'autres
qui semblent se mélanger
se casser
se briser
se défigurer))

Tu n'avais pas faim. Il te semblait presque que tu n'aurais plus jamais faim ; et pourtant ce coeur battant te racontait d'autres vies où tout était possible, et pourtant les regards jumeaux croisés dans la salle te disaient que tout était encore fragile -ton corps ton âme tes mains. Tes mains.
Il y a des tremblements dans tes lèvres absentes ; des secousses dans tes pensées ignorantes -elles vagabondent librement, c'est peut-être l'inverse de ce qu'il faudrait faire. Mais tu relèves le regard, Sybil, parce que t'as toujours eu besoin de ces contacts qui n'en sont pas, parce que tu peux te passer de chair et de corps mais pas d'âme, non. Pas d'âme -dévoreuse que tu es oh égoïste peut-être, de t'attirer toutes ces questions face à leurs regards avides.
((à vide))
Tu croises une cicatrice.
Tu souris, un peu -peut-être est-ce un de ces témoins dont tu espérais tant ; mais Faust, Faust, peut-être aurait-il bien aimé ne jamais voir tes vœux exaucés. Faust, Faust et sa manière de ne pas voir le monde, Faust et ses façons d'oublier les autres, Faust et sa vie déjà passée. Peut-être que tu acceptes d'être son népenthès parce que tu as trop peur d'être son reflet ; mais il n'est pas Hélène et tu n'es pas Pâris -il y a dans vos histoires une autre odeur de fatalisme. D'injustice.

((mais Hélène se libère
et Pâris ne fait que mourir mourir
abêti assujetti anéanti
par d'autres dieux qui ne veulent pas s'avilir
-- chi mère.))

Hélène se libère -pour tant soit peu qu'elle ait jamais été libre.
Faust s'en va -pour tant soit peu qu'il ait jamais été là.
Parce que quelles preuves, si ce n'est quelques fantômes sur la peau.



let the shadows fall behind you

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Dim 11 Oct - 22:24
Ce matin-là, ce n'était pas à sa libération prochaine que Faust avait pensé en premier. Pourtant, il n'avait que cette idée en tête depuis qu'il était dans ce trou à rats. L'espoir qui guidait ses jours l'avait pour le moment abandonné ce matin-là. Car une autre pensée, plus sombre, plus terrifiante, venait de naître dans son esprit, inopinément venue au monde parce que ce jour-là, son avenir lui serait rendu. Cette idée, c'est qu'il avait déjà passé une vie entière en prison. Dix-huit ans était déjà un âge où l'on était suffisamment grand pour avoir des pensées cohérentes et où on pouvait se souvenir d'une petite vie. Pour Faust, cela représentait, à peu de choses près, la moitié de sa propre vie. Cette moitié de vie passée en prison avait été du temps perdu pour lui. Le mot était juste. Il était passé à côté de sa vie. Il n'aurait plus jamais l'occasion de revivre ces instants perdus.

« Ce n'est pas grave. Je profiterai des dix-huit prochaines années. »

Mais Faust n'y croyait pas vraiment. Les belles résolutions sont admirables sur le papier, mais qui les a jamais tenues ? Comme les principes, d'ailleurs, qui s'envolent on ne sait où lorsque tout à coup les serres de la tentation se referment sur votre poitrine et vous jettent dans le précipice. Faust savait tout cela, et c'était exactement ainsi qu'il se représentait son existence. Un œuf brisé, tombé du nid, éclaté par terre.
Faust vivait tant dans son monde qu'il était incapable de se rendre compte qu'il vivait dans le mensonge. C'est beau le mensonge, c'est rassurant, c'est reposant, c'est repentant. Il s'y lovait comme un chat et refusait de se départir de ses faux-semblants, qu'il avait érigés en principes universels. Il sifflait gaiement en rassemblant les quelques affaires qu'il désirait conserver dans sa nouvelle vie. Ce n'était pas grand chose, mais son organisation était plus étrange que draconienne, et Faust ne voyait aucun inconvénient à rassembler des objets sans rapport et à séparer ceux qui en avaient, prétextant qu'il aurait besoin de ces groupements d'objets s'il devait partir.

« Au revoir, ma cellule, j'espère t'avoir suffisamment aimée pour que je ne te croise pas dans mes cauchemars. »

Un vrai frais souffla sur son visage, caressant la cicatrice symbole de sa culpabilité, comme un au revoir que la prison lui adressait. Lui manquerait-il donc tant que cela ? Aimait-elle ce genre d'homme droit et solide capables de plonger sur un instant de folie ? Avait-elle besoin de toutes les formes de compagnie qu'elle pouvait trouver ? Étaient-ils tous devenus les enfants de cette mère jalouse et possessive qui les écrasait sous le poids de son attention ? Faust avançait d'un pas sûr, mais légèrement bancal, car il n'avait plus vraiment l'habitude de marcher avec fierté. Profitant de ce dernier jour en enfer, Faust dressait une liste de toutes les choses qu'il devait faire avant de quitter ce monde.
On peut détester un endroit de tout son être, au point de vouloir peindre les murs de sang pour manifester sa colère, malgré tout, on ne saurait accepter l'idée qu'il nous oublie. On veut le marquer de sa trace et de sa haine, on veut laisser le souvenir des efforts qu'on a fait pour rendre le lieu agréable. Du moins, Faust le pense-t-il. La fable construite par son cerveau est parfaite, elle l'empêche de voir la réalité. Personne ne le regrettera, personne ne se souviendra de lui, pas même son grand rival qui se ferait une joie de le voir partir. Et qu'avait-il accompli, sinon le parcours ordinaire d'un prisonnier gardant une rancœur personnelle envers un jeu vidéo qui apportait une discrimination intolérable entre les habitants ? Mais Faust n'avait pas abandonné ses envies d'avenir. Il pensait avoir accompli une grande œuvre en se comportant comme un citoyen respectable parmi les prisonniers. Ce en quoi il se trompait évidemment.
Le poids du pêché est pourtant une notion complexe, mais Faust n'avait pas les armes intellectuelles pour s'attaquer à ce problème. Il ne comprenait pas que ceux qui ressentaient le plus la culpabilité n'étaient pas forcément les moins coupables. La palette large des émotions humaines se trouvait chez lui réduite à quelques principes sommaires grâce auxquels il classait les gens selon certains catégories. Un joueur, par exemple, était forcément atteint d'une forme de perversion, quoique cela n'empêchât pas certains d'entre eux d'être plutôt sympathiques et équilibrés.
Quant à Sybil, que ses pas avaient amenée à lui, Faust avait eu du mal à se décider. Une folle, une déséquilibrée, une perverse de plus parmi les foules emprisonnées dans un premier temps ; une personnalité intéressante, une innocence marquée par le pêché et une justesse d'esprit lorsqu'il avait pu la connaître davantage. Faust avait voulu la faire sienne, d'une façon ou d'une autre, mais d'une possession spirituelle, nullement physique, car les jeunes filles ne l'intéressaient pas ainsi. S'il avait pu en faire son emblème, elle qui paraissait si douce et si innocence, Faust aurait pu combler sa culpabilité à l'idée que son apparence à lui était celle d'un criminel.
Rien que la douceur de son sourire semblait le convaincre qu'il avait réussi à l'embobiner.

« Salut. »

Ton plus léger que d'habitude, mais guère plus de mots. Faust était heureux d'avoir réussi à lui parler et se rapprocher d'elle, car les années passant, ses difficultés à s'adresser aux nouveaux arrivants étaient de plus en plus complexes. Pauvre gamine qui passerait elle aussi sa vie dans la prison. Faust en avait mal au cœur. Mais pas complètement, car d'une certaine manière, elle avait mérité ce qui lui était arrivé. Tout comme lui.
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Lun 12 Oct - 13:58
let the ground crack
//flashback + faust
((Et de ces touchers oubliés
 criaient des agonies étouffées))

Des mots qui s'éclatent contre des oreilles fermées ; inondées, coulées par des choses sans intérêt et cimentées par d'autres qui restent accrochées trop longtemps. T'as jamais réussi à faire la part des choses, Sybil ; t'as jamais voulu t'arrêter un peu plus longtemps sur tout ce qui se passait autour de toi -mais ça n'aurait pas tué tes flammes, pourtant, parce que tu brûles déjà bien trop ainsi.
Incendie incendie ; inondée elle aussi depuis quelques mois ici-bas.
((si bas))
Si bas, ses voix feutrées presque manipulées ; apprivoisées. Il n'y a pas d'écho dans le vide de ton être de verre -t'as tellement pas envie mais oh Sybil, tu te forces. Ça fait des mois que tu te forces.
Fauuuuust !
Et tes bras autour de son cou de taureau oh de ces muscles trop chauds pour des neiges comme les tiennes ; et tes cheveux sur sa peau marquée oh sur ces verrous d'une vie entière ; et tes espoirs tes vides tes aspirations -sillages de tout ce qui a pu être un jour.

((Et de ces touchers jamais effectués
 pleuraient des regrets bien trop salés))

Il y a dans tes étreintes des absences qu'on ne remarque pas -c'est bien plus dur de se rendre compte du manque que de tout ce qu'il y a déjà.
Il y a ton corps, presqu'aussi grand que le sien.
Il y a ta tête, bloquée au-dessus de son trapèze.
Il y a tes mains, quelque part dans l'air.
((et peut-être qu'elles fuient elles aussi
 parce qu'elles ne veulent pas se rappeler ce que c'est de devoir oublier, tout lâcher))
(pas une nouvelle fois)
(à la recherche d'une autre voix // voie)

Tu recules -t'accules-, le prend du bout des bras -éloigne-toi-, le regarde en une seule fois -véléité.
Enfin le grand jour, hein ? T'as hâte, j'imagine.
Moi oui. ((mais tais-toi tais-toi tais-toi))
Et personne ne remarque qu'il manque tes pensées entre tes doigts ; ton esprit dans tes voix ; ton être au milieu de tes effrois.
((pourquoi pourquoi
 parce que la loi.))



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Mer 14 Oct - 22:56
Sa démonstration d'amitié fut accueillie d'un sourire satisfait. Factice ou non, cette amitié était l'une des composantes essentielles des relations entre Faust et Sybil. Il pouvait se permettre de se sentir à égalité avec l'autre, attitude qu'il perdrait par la suite lorsqu'il se retrouverait dans un monde où les autres étaient blancs comme neige, immaculés. Mais Faust, quant à lui, ne débordait pas de beaux sentiments comme la jeune fille. La faute ne revenait pas à son éducation, qu'on ne pouvait qualifier d'austère, mais dans la nécessaire carapace qu'il avait dû se forger dans cet univers. Air satisfait, donc, mais pas d'effusions nécessaires. Il la laissait faire mais ne répondait jamais. Car les enlacades avaient toujours la couleur de la prison pour lui.
Et comme Faust serait libéré dans quelques heures, Sybil le libérait alors, reprenant une position plus éloignée qui convenait mieux à leurs rapports sociaux. En prison comme partout ailleurs, s'approcher trop près de l'autre, lui grignoter une portion de son espace immédiat, c'était le meilleur moyen de mettre les autres mal à l'aise. C'était en tout cas ce que faisaient les gardiens lorsque Faust dépassait les limites. Une tension qu'il n'avait pas remarquée dans ses épaules s'envola, et le brave homme fut subitement moins sur la défensive. Plus ouvert également.
Car Sybil avait raison, c'était le grand jour. Faust appréciait l'expression. D'ailleurs, même si cette journée avait la même durée que toutes les autres, elle paraissait interminable à Faust, qui ne rêvait plus que d'abandonner son statut de prisonnier pour rebâtir une nouvelle vie en dehors de ces murs.

« Oui, c'est aujourd'hui. »

Elle pouvait bien se montrer jalouse, la môme, mais elle n'avait pas passé beaucoup de temps ici. Ce n'était que justice que le vieux sortît avant. Cela arrangeait Faust. On pouvait même dire que cela le réjouissait. Il avait besoin de savoir que d'autres allaient souffrir ici pour leurs crimes, et que les gens se souviendraient de lui comme un prisonnier vertueux et droit, tant pis pour l'écart avec la vérité.

« Tu vois, même si le temps est long, ça passe quand même... Je n'ai pas entièrement perdu ma vie... sauf si tu me prends pour un vieux, bien sûr. »

Drôle de façon de réconforter les gens. Le décalage de Faust commençait déjà à se sentir. Il devait paraître étrange, cet homme marqué, parce qu'il ne parlait pas beaucoup, et assez mal, parce qu'il n'était pas vraiment attentif aux autres, parce qu'il avait des accès de colère qu'il ne maîtrisait pas.
Mais pas aujourd'hui. Sa libération devait être un jour de joie et de fête. Libération ne rimait-elle pas avec célébration ? À supposer que Faust sût ce que ce mot signifiait vraiment. Il avait en tout cas vaguement conscience qu'il y avait là une part de rituel, et c'était ce qui était justement en train de se produire. La raison pour laquelle il était venu la voir était qu'il désirait lui passer le flambeau de son monde chimérique.
Dans ce monde, Faust considérait Sybil comme l'une de ses plus proches amies.

« Je sais que je ne suis pas trop un modèle, mais... »

Faust hésita. Il se demanda comment mettre des mots justes sur ce qu'il voulait faire. Dans sa tête, les choses étaient très claires : il venait donner à Sybil le courage de supporter ses propres années de prison, mais il voulait également qu'elle le prenne pour modèle, qu'elle se montre sage et disciplinée et qu'elle fît tout pour redevenir une citoyenne digne de ce nom. Il serait peut-être mort quand elle sortirait, il ne l'espérait pas, mais en attendant ce jour, il désirait la voir adopter la même ligne de conduite que lui. Et surtout, ne pas succomber aux sirènes de son détestable rival...
Soudain, Faust perdit sa réserve et saisit brusquement Sybil par les épaules, pour l'empêcher de s'échapper, mais aussi pour lui faire comprendre à quel point son message était important. Le geste, un peu trop violent, traduisait l'incapacité du prisonnier à mesurer sa force et à la retenir dans des situations qui exigeaient de la douceur, véritable révélateur de la rudesse du personnage. On aurait cru qu'il voulait la secouer comme un prunier plutôt que de lui parler sérieusement. Il n'alla cependant pas plus lui, se contentant de la regarder droit dans les yeux pour l'impressionner.

« Sybil. Déconne pas en mon absence, s'il te plaît. Je sais que c'est un peu présomptueux de dire ça, mais je compte sur toi, parce que quand je serai parti, tu seras la dernière trace de moi ici. »

Comme ça, de but en blanc, avec toute l'autorité dont il était capable. Elle avait intérêt à accepter. Un refus signifierait une atteinte aux idéaux de Faust, et ce dernier était particulièrement sensible à ce genre de questions. Peut-être s'attachait-il à des futilités – en fait, c'était plus que probable – mais elles avaient une importance réelle.
Et, comme c'est cruel, il ne se rendait pas compte que sa démarche était vouée à l'échec. Il n'avait pas compris à qui il avait affaire.
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Jeu 15 Oct - 20:33
let me fall inside
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Le calme des autres a toujours su t'impressionner.
Il y avait quelque chose, dans leurs mots posés, dans leurs manières de parler -des vérités froides, de celles qui ne peuvent que nous poignarder droit au coeur ; et d'autres histoires tellement passionnées qu'elles en devenait cendres, peut-être à force de brûler trop fort. Trop fort.
Et toi, Sybil.
Bruyante Sybil ; de celle qui s'esclaffe fort pour ne pas entendre les échos vides au fond de ses gorges arrachées oh de ces trachées explosées, pour ne pas capter les haines immolées et les rages qui grognent oh qui font si peur si peur si peur.
Le silence t'a toujours plus effrayé que les orages ; mais les éclairs les bruits oh -il ne sont que vides. Mais peut-être moins que toi.
Il y a dans ses tentatives d'humour une angoisse rampante ; des choses qui se cachent mais qui sont bien présentes. Tu souris. Un peu comme toujours. Et tu souris, comme pour te prouver que tu étais plus forte que ça, comme pour te prouver que tu pouvais que tu pouvais oh que tu voulais te contenter de ta situation. L'accepter. Mensonges -et tu es amère amère amère, cassée écorchée un peu brisée ; t'aimerai retourner en arrière oh ne pas t'immoler -mais ouvres les yeux, Sybil. Ce n'est pas toi, le monstre.
Ce n'est pas toi qui doit te sentir si mal ; pleurer tous les soirs, trembler trembler encore quand il fait trop noir, se croire à l'abattoir et laisser ce coeur choir choir choir, miroir de tes mémoires trop contradictoires.
Et tu t'efforces d'être honnête, Sybil, mais c'est presque trop ironique, ta manière de parvenir encore à tout détruire.
((et peut-être n'as-tu jamais rien su faire d'autre))
Ohlala, et depuis quand la modestie fait partie de tes qualités, mmh ?
Espiègle comme toujours -entre irrespect et enfantillages, du pareil au même-, tu avais cette manière de remettre les autres à leur place tout en douceur.
((tout en cruauté
oh et quelle beauté
dans tes mots maquillés))
Et même quand il te secoue, il n'y a pas d'étincelle au fond des pupilles -il y a cette lassitude et oh, cette gêne du contact quand tu ne l'initie pas ; parce que tu te rappelles des poignets enserrés des gifles envoyées des corps plaqués, et elle qui n'en voulait rien -criait criait criait. Criait. Pleurait. Suppliait.
((et toi qui l'en délivrait -déesse éphémère))
Et tu souris.
((jalouse))
Woah, Faust, je-
((colérique))
Hey, calme-toi, tu veux.
((fatiguée oh épuisée))
Tu sais très bien que t'as rien à craindre.
((lassée))
Tu le sais, hein ?
((dégoûtée))
On se comprend, toi et moi.
((paniquée))
Je pensais que j'avais pas à le répéter.
((désolée))
((désolée))
((mais jamais assez))
Tu pensera à moi, promis ?
Oh ironie ; mais parfois Sybil se consolait en se disant que les traîtres pensaient à leurs victimes de temps à autres, mais parfois Sybil ne comprenait pas qu'elle était autant chasseur que chassée -peut-être parce qu'être laissée pour morte oh pour oubliée fait passer les autres douleurs pour inutiles.

((rage))



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Ven 16 Oct - 22:22
Ce qu'elle en pense ? Cela n'avait pas d'importance. Elle pouvait se sentir gênée, agressée, submergée, ce qu'elle voulait, Faust n'en avait que faire. Lorsqu'il disait quelque chose, il désirait que cette chose fût, un peu comme s'il désirait que toutes ses paroles fussent performatives. Faust balaya ses protestations comme si elles n'avaient jamais existé, jugeant qu'elles étaient des paroles inutiles et que seules les personnes en situation de faiblesse formulaient des excuses. Il ne voulait voir que ce sourire qui signifiait qu'elle allait bien gentiment obéir à ses ordres.
Non, Faust n'était pas forcément une personne autoritaire – il avait simplement appris qu'il fallait forcer le respect pour l'obtenir. Il bénéficiait de l'expérience de toute une vie, ce qui lui conférait l'autorité nécessaire pour formuler quelques unes de ces paroles performatives fortes que l'on appelait des ordres. Et il avait ses propres idées quant à la façon de réaliser ses ordres.
Mais en disant qu'elle comprenait, Sybil venait de trouver le moyen d'apaiser l'esprit du prisonnier. Sa poigne se fit plus légère – on aurait presque oublié à quel point elle pouvait involontairement être forte, sa poigne, car il n'en faisait rarement usage sans le désirer – évacuant la tension inconsciente qui habitait ses muscles. Il en restait des traces, car celle-ci s'était installée dix-huit années plus tôt : il faudrait bien plus d'une journée pour l'effacer complètement, mais Faust avait bon espoir de l'oublier un jour et de la remplacer par un stress quotidien plus habituel. La jeune femme était réceptive à ses ordres. Il savait désormais qu'elle allait faire tout ce qu'il attendait d'elle, car il n'avait pas besoin d'autre confirmation. Il la lâcha et se reculant, lui adressant un sourire presque charmant, qui traduisait la satisfaction profonde qu'il ressentait alors.

« C'est parfait. »

Faust reporta son attention à la cafétéria où ils s'étaient retrouvés. Le lieu était empli de souvenirs plus ou moins désagréables qu'il avait hâte de pouvoir oublier. Des disputes autour de déjeuners, des tasses qui avaient volé vers son visage, sans toutefois y faire de marque plus profonde que celle qu'il avait déjà, des discussions plus calmes entre citoyens presque honnêtes où on expliquait pourquoi on était là et ce qu'on envisageait de faire une fois sorti. Faust savait que c'était la dernière fois qu'il se trouvait là. Cela ne réussissait pas à l'émouvoir.
Le silence planait toujours tandis que Faust se demandait s'il devait faire un effort pour essayer de se remémorer les yeux ou s'il devait au contraire considérer que cette parenthèse de sa vie n'avait jamais existé. Ce soupçon de nostalgie le dérangeait un peu, car il était contraire à tout ce que Faust défendait avec ferveur. En bon citoyen, il se devait de ne rien regretter de l'antre des déviants, mais, ma foi, il voulait bien garder quelques petits souvenirs agréables, des bonheurs fugaces qui lui avaient permis de supporter cet enfer permanent. Même s'il ressentait en ce moment une sensation d'enfermement qui n'avait rien à voir avec les murs qui l'entouraient, Faust ne pouvait pas dire qu'il trouvait ce moment-là pénible. Mais la perspective de sa libération prochaine le rendait sans doute plus guilleret que d'ordinaire.

« Oh, avant que j'oubliais, j'ai quelque chose pour toi. »

Aucune réponse à la demande de Sybil de se souvenir d'elle lorsqu'il serait sorti. Faust n'aimait pas mentir, et il aurait dû trahir la vérité s'il avait répondu positivement à sa demande. S'il lui parlait en ce moment précis et lui demandait de prendre la relève, ce n'était pas sans raison. Il avait besoin de partir l'esprit tranquille afin de se reconstruire sans avoir l'impression de laisser quelque chose d'inachevé derrière lui.
Un cri bestial se fit entendre au loin, étouffé par les murs. Peut-être un pauvre type qui était tombé sur un caïd plus fort que lui. Faust lui-même avait tapé deux ou trois personnes depuis son arrivée ici. Plus en fait, mais il préférait utiliser ces chiffres. Pas besoin d'aller sur Discorde pour trouver de l'anarchie : réunissez quelques brutes privées de leur liberté, et ils s’entre-déchiraient volontiers. Oh, mais tout le monde n'était pas ainsi. Depuis que Sybil s'était calmée, Faust ne l'avait plus jamais vue lever la main sur quelqu'un d'autre. Et même s'il ne la surveillait pas et ne pouvait se porter garant de tous ses mouvements, il avait l'impression que ce n'était pas vraiment son genre. Après tout, la prison elle-même était une société en miniature, où tout le monde n'était pas un terrible criminel gâté jusqu'à la moelle.

« Tiens. »

Fouillant dans sa sacoche, Faust sortit un petit couteau d'apparence inoffensive, qu'il tendit par la poignée. La lame ne semblait pas coupante, plus proche d'un couteau à tartiner que d'une véritable arme, mais ce n'était pas là son intérêt, puisque c'était une arme perçante. De fabrication artisanale, entretenue avec amour, elle était utilisable en toute occasion et, surtout, dépourvue de technologie, puisque Faust était, rappelons-le, assez réticent à l'employer. Les armes à l'ancienne avaient sa préférence, en particulier lorsqu'il s'agissait de percer quelques imbéciles trop bavards.

« C'est un petit... cadeau. » Il butta sur le mot, qu'il ne savait plus vraiment prononcer. « Je n'en aurai plus l'usage désormais, et c'est assez symbolique de ma période ici, alors je ne veux pas trop le garder. Mais toi, tu pourrais, ça te permettrait de te rappeler de moi et bon, il est plutôt joli... »

Faust prononçait rarement des tirades aussi longues. Il n'avait pas l'habitude des cadeaux : ça lui foutait des angoisses et l'amenait à s'exprimer maladroitement. Ça le rassurerait également de savoir que Sybil avait quelque chose à lui pour se protéger, au cas où elle tombait sur des personnes pires que Faust qui lui voudraient du mal. Elle savait peut-être se défendre, et elle jouait, mais tout cela, Faust y accordait plus d'importance. C'était peut-être stupide, mais lui, ça lui plaisait de se sentir comme le défenseur d'une demoiselle en détresse par le biais symbolique du couteau. Comme si cela lui permettait de réparer sa faute initiale...
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Lun 19 Oct - 10:20
Dry your smoke-stung eyes
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Et tu avais tellement changé.
Il y avait des choses dans la vie qui vous forgent oh qui vous assènent de ces coups violents qu'on ne voulait pas qui vous martèlent des douleurs prodigieuses qu'on n'a jamais mérité. Jamais.
Qu'est-ce que t'as fait, Sybil, à part sauver la vie d'une personne. Qu'est-ce que t'as fait, Sybil, à part couper une rédemption vide vide vide ((parce qu'on ne se pardonne que quand on sait qu'on peut se pardonner)).
Et puis après, tu t'entends mentir comme ça -et tu te dégoûtes oh tu as ces vagues de mal-être de malaise et tu te détestes détestes détestes. Ça ne t'empêche pas de recommencer ; et même quand tu souris tu craquelles ces masques de ciment -lourds lourds lourds, noyade dans de l'air à la viscosité trop faible pour te supporter-, et ça t'assène ces coups de couteaux à chaque fois. A chaque fois. Comme si le bonheur t'avait été interdit par quelqu'un d'autre.
Et que tu l'écoutais sans pouvoir t'en défaire -oh et pourquoi ces attaches. Pourquoi ces amours.
Et tu n'as pas l'habitude de te poser des questions, Sybil.
((sûrement parce que ça t'empêcherait de faire bien des choses
sûrement parce que tu penses trop trop trop bien trop))
Quand il te tend ses mains, tu n'hésites pas. Tu aurais peut-être dû. Tu aurais peut-être dû.
Éclair éclair qui remonte le long de tes doigts pour paralyser un de ces cœurs trop fragiles pour la foudre des gens ; froid que le métal sur tes empreintes - elles fondent pourtant oh comme si la logique n'avait plus aucun impact oh comme si tout se mélangeait de toutes manières ; et tes os tes muscles qui tremblent sans que tu ne le veuilles -cacophonie oh catastrophe que ce bout de métal qui tombe par terre. Folie oh démence dans tes yeux figés -Méduse Méduse qui se fige d'elle-même, prisonnière de ses propres pierres et coupable de ses propres misères.
((faux faux faux
Méduse
n'a jamais été responsable))

Amok.

Et quand tu relèves tes pupilles glacées il n'y a que stupéfaction sur ton visage -peut-être n'as-tu pas encore compris, Sybil, que c'est bien trop tôt bien trop tôt bien trop tôt. Peut-être n'as-tu pas encore compris, Sybil, que tu sens encore les gouttes rouler rouler ne pas s'arrêter -et peut-être qu'elles aussi étaient devenues folles, et peut-être que le monde aussi était devenu insensé oh peut-être que tout n'est que démence depuis que tu as mis les pieds ici.
Et tes yeux, Sybil.
Océans clairs
 tempête qui se calme
 lac trop peu profond pour s'y noyer
 sauf si l'on y garde la tête enfoncée
 - suicidaire
((étranglée
par ses propres pensées))


Spoiler:
 


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Mer 21 Oct - 8:46
Ne lui demandez pas ce qui s'était passé pendant les quelques secondes où Sybil avait paru absente au monde. Faust était incapable de comprendre les tourments de l'âme humaine s'ils n'étaient pas les siens. Ce n'était qu'un couteau, un simple morceau de métal qui pouvait avoir bien des utilisations. Nul n'était obligé de le brandir et de déchirer la chair ; la nourriture était une matière tout aussi propre à sa lame. C'était une défense plus qu'autre chose. Cela n'avait aucune valeur négative pour Faust. Il aurait pu se promener en pleine rue, en plein jour, avec un couteau dans la main, sans y voir malice, sans avoir eu l'intention de s'en servir.
Ne pas la brusquer. Ce n'était pas le genre de choses que l'on pouvait forcer. Les gens avaient parfois des limites bien étranges, des interdits qu'ils avaient du mal à transgresser, tout simplement parce qu'ils ne savaient pas que ce qu'ils rejetaient n'était pas mauvais. C'était comme ça qu'à l'origine, Faust avait commencé à entrer en conflit avec d'autres prisonniers. Certains n'avaient pas les mêmes limites que lui. Désormais, les choses étaient différentes. Parce qu'il sortait, d'abord. Parce qu'il avait pris quelques unes de leurs habitudes, ensuite. Mais seulement celles qui lui avaient semblé compatibles avec son idéal de bon citoyen, bien sûr.
En fait, Faust n'avait pas la patience nécessaire, et il lui fourra le couteau dans la main avant de retirer la sienne, rapidement, et de la mettre hors de portée de Sybil. Il fit également un pas en arrière, comme pour mieux la toiser. C'était bien beau, toutes ces hésitations, mais lui, il voulait se débarrasser de son couteau. Et elle n'avait pas intérêt à le jeter parce que c'était tout ce qui resterait de lui une fois qu'il serait parti. Il avait déjà l'intention de brûler ses carnets, mais avant de le faire, Faust devait ajouter une conclusion. Il raconterait sa journée, qui il avait vu, qui il avait chargé de le représenter, puis il trouverait une belle maxime pour apporter la touche finale. Et puis il le brûlerait impitoyablement, et regarderais les cendres avec la satisfaction d'avoir accompli quelque chose. Peut-être Faust avait-il d'ailleurs des tendances pyromanes. Peut-être aimait-il bien voir brûler les choses devant lui.
En tout cas, il avait une imagination trop fertile. Il aimait bien les drames et les symboles, celui-là.

« Peut-être qu'on devrait aller manger, vu qu'on est là. »

En quelques instants, Faust s'était désolidarisé de la situation et avait décidé de passer à autre chose. Il n'avait pas particulièrement faim, mais maintenant qu'il était à la cafétéria, il trouvait stupide de ne pas s'y sustenter. Faust avait un esprit pratique un peu particulier qui le poussait à faire les choses les moins pressantes d'abord, parce qu'elles étaient plus récentes et qu'il s'en souvenait mieux.
Et puis, ce devait être son dernier repas ici. On ne les avait pas dérangés pendant leur conversation, et personne ne s'était interposé lors de la remise du couteau, preuve que la discipline n'était pas aussi stricte que Faust l'imaginait, mais il se sentait perpétuellement observé, et cela usait sa patience. Et puis il y avait les autres personnes à voir, et cela faisait moins envie à Faust, car elles étaient bien moins gentilles que Sybil. Qui sait, il allait peut-être se récolter des coups en prononçant une parole maladroite qui aurait le don de réveiller la jalousie des autres prisonniers. Faust avait vraiment le chic pour se faire de mauvaises fréquentations. Mais les fréquentations n'étaient-elles pas le reflet de l'intériorité du personne ? Il était bien rare de se lier d'amitié à des personnes avec qui on ne partageait pas de points communs, et au moins ces amitiés étaient fragiles et éphémères.
Ne serait-ce pas un peu de tension qui hantait l'estomac de Faust alors qu'il pensait à la suite des réjouissances ?

« J'ai un peu faim. » mentit-il.

Son estomac n'était pas dans un état optimal pour recevoir de la nourriture, mais il ne devait pas se laisser arrêter par des considérations aussi futiles. Faust avait survécu plus qu'il n'avait vécu ces dix-huit dernières années, par conséquent, avaler une assiette – le contenu de l'assiette, bien sûr – lorsqu'il n'avait pas très faim devait être dans ses cordes.
Mais pourquoi ressentait-il toujours le besoin de se compliquer ainsi la vie ? Pourquoi même un simple repas devenait une affaire de survie ? Parce qu'il y avait toujours des tas de truands autour de lui. Parce qu'il voulait se prouver qu'il n'était pas faible d'esprit, comme son petit écart de conduite le lui avait prouvé ?
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Ven 23 Oct - 18:44
so you can see the light.
//flashback + faust
C'était dans ces moments étranges que l'on se demandait si tout n'était pas un rêve.
((un cauchemar peut-être
du pareil au même))
Et peut-être que tu avais tout créé avec tes pensées un peu trop défaitistes malgré toi, et peut-être que Faust n'existait pas et peut-être que ces silhouettes sans noms n'étaient que des variations de lumière derrière tes paupières fermées et peut-être peut-être peut-être. Oh, Sybil. Si anxieuse, si peu sûre.
Et branlante et inquiète et stupide et égoïste et
Et tout ces mots dans ton cerveau -mais Sybil, arrête.
A nouveau cette froideur entre les doigts -on dirait toi quand tu l'a revue-, à nouveau ces larmes au bord des yeux -celles que tu as refoulées il n'y a pas si longtemps-, à nouveau cette gorge serrée -oh trop épuisée d'avoir trop longtemps crié, sûrement. Et les parallèles se mélangent dans ta tête, Sybil ; tu te pensais plus forte oh tu te sais plus forte mais tu as sur ton dos ces vieux os brisés -ils se sont cassés pour laisser place à d'autres mais tu n'arrives pas encore à les abandonner, non. Non. Alors tu les portes ; et parfois ils te font tomber oh écorchent tes genoux d'acier, et parfois ils t'aident à te relever -petits concepts oxymoriques. Et encore une fois, Sybil, tu avais tout créé.
Mais dans tes comédies, dans tes belles pièces de théâtre, tu n'arrivais jamais à combattre ce qui s'est déjà mis en place -tu as ces frissons dans le dos et les sons qui résonnent dans ton cerveau ; et hypnose de ce vacarme étrange.
T'as pas faim, Sybil.
((tu crois parfois que jamais plus tu ne mangera))
Moi aussi.
Et vous étiez deux menteurs trop stupides pour y faire vraiment attention ; l'un trop désintéressé, l'autre trop aveugle, l'une trop bousculée, l'autre trop maladroit.
Et. Et ça me fait plaisir de partager ton dernier repas ici.
Et alors même tes larmes passaient dans le mensonge, et même ton flottement d'auparavant oh tous ces comportements étranges toutes ces envies de s'arracher la peau -autant que ça rendre quelqu'un heureux.
Si ça ne pouvait être toi, autant que ce soit lui.



let the shadows fall behind you

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Ven 23 Oct - 22:42
Le mensonge dans la voix de Sybil ne fut pas repéré par Faust, qui se félicita au contraire d'avoir compris ce qu'elle ressentait. Croisant les bras dans une attitude résolument hostile au monde, il jeta un regard hautain sur les personnes autour de lui, comme si leur présence le dérangeait particulièrement. Faust entendit la voix de Sybil prononcer quelques paroles, des paroles d'une gentillesse touchante. Ses yeux trouvèrent la jeune femme et la regardèrent avec un mélange d'étonnement et d'émotion. Sincère ou non, ce n'était pas la question : il avait l'impression d'entendre des échos de sa vie d'autrefois, avant. Une période où il s'adressait encore à des êtres civilisés.

« Moi aussi. »

Et Faust, quant à lui, était parfaitement sincère. Pour se préparer à sa nouvelle vie, Sybil lui procurait l'entraînement parfait. En effet, elle n'avait pas été corrompue par l'endroit, elle n'était pas entrée dans le jeu des alliances que les gens comme lui ne manquaient pas de faire. Faust avait bon espoir qu'elle reste elle-même pendant toute la durée de son séjour. Ce serait un miracle, tout de même : personne ne pouvait prétendre ne pas évoluer en fonction de la situation.
Mais il ne pourrait pas la protéger, puisqu'il n'avait pas pu se protéger lui-même.
Faust poussa un soupir impatient, effrayant sans le vouloir le petit homme qui était devant lui. Faust ne l'avait pas encore vu par ici. Qu'avait-il bien faire celui-là, se demanda Faust, pour se retrouver ici ? Il avait une tête de fouine, il était très probablement un manipulateur hors pair. Peut-être avait-il voulu tirer parti de quelque faille financière ou de la crédibilité d'un bon pigeon. Il n'avait pas l'air d'un tueur ou d'un homme violent, car il s'effrayait bien vite.

« Avance, crétin, tu bloques la file. »

L'homme s'empressa d'obéir. Pourtant, Faust s'était montré très doux avec lui, pour une fois. Cela allait-il lui manquer lorsqu'il serait dehors ? Le fait de ne pas avoir ses petites victimes à effrayer ? Ou bien s'en trouverait-il d'autres ? C'était une pensée parasite. Il se devait de l'effacer.
Faust évita tout grognement ou tout soupir qui aurait pu paraître comme une menace à toute personne peu habituée à sa présence et se contenta de patienter en silence, comme s'il faisait simplement la queue au supermarché. L'idée, d'ailleurs, l'amusait beaucoup. Il essaya de s'imaginer dans une situation tout à fait normale, où il n'aurait pas eu les fers au pied. Une fois que Faust serait dehors, il ne voulait pas rester enfermé : il éviterait tout système de livraison à domicile pour aller tout chercher lui-même. Il prendrait également la peine de se déplacer à pied ; outre l'avantage certain que cela représentait pour sa santé, Faust avait envie d'extérieur, d'air libre, de forêts... tout ce qu'il n'avait pas chez lui, dans son ancienne vie. Il s'autorisait donc à rêver pendant qu'en prison, les esprits s'évadaient. C'était un bucolique, d'ailleurs, le monde était rempli de choses inutiles, comme des fleurs ou des tableaux, et tout cela emplissait Faust de mélancolie.
En voyant Sybil à côté de lui, Faust se réjouit de ne pas avoir donné naissance à un enfant avant d'être enfermé ici. Il aurait perdu les plus belles années de sa vie entre quatre murs. Sybil aurait déjà pu être sa fille, s'il comptait bien. C'était trop jeune à son goût, il aurait préféré attendre la fin de la vingtaine avant de devenir père, mais techniquement, c'était possible. Mais Faust ne ressentait aussi sentiment paternel à son égard. Il n'avait même aucun sentiment tout court.

« Si nous étions dehors, je t'aurais payé le restaurant, à toi et à tout le monde. »

L'humeur de Faust était assez légère pour lui permettre cette plaisanterie. Sa voix même avait prise une inflexion plus douce que d'habitude, et le petit homme devant eux n'avait pas eu l'air d'avoir peur cette fois-ci. Sybil avait cet effet étrange sur lui, effet qu'il ne mesurait pas vraiment mais que les autres pouvaient constater : elle allégeait sa conscience, faisait ressortir les parts lumineuses de son être – car Faust en avait, évidemment -, et lui redonnait toute sa dignité d'homme libre et de citoyen. Il n'y avait pas qu'à lui que Sybil faisait ce bien, d'ailleurs, mais puisque nous parlons de Faust...
Puisque nous parlons de Faust, celui-ci ne manifestait pas une impatience exagérée. Certains râlaient, grognaient, essayaient de remonter la file, mais Faust restait parfaitement calme et sûr de lui. Dans ces instants, on pouvait douter que Faust était bien le criminel que l'on décrivait dans les dossiers. Puis on le voyait d'autres fois exprimer sa violence intérieure, et l'on comprenait que Faust était un être éminemment divisé.
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Lun 26 Oct - 11:57
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C'est quand tu les regardais dans les yeux que tu te disais que les mensonges n'étaient pas si mal. Faust, il était tigre déjà presque achevé mais qui courrait pour sauver sa vie -mais l'ironie, c'était qu'on ne le traquait plus depuis bien longtemps. Les années passaient ; et lui, lui, il n'y avait rien qui ne l'attendait. Un quotidien, peut-être. Une satisfaction éphémère, celle qui brille à l'extérieur mais qui est tellement vide. Tu crois que tu respectes les gens comme ça, Sybil, parce que toi, t'arrives pas vraiment à être heureuse pour rien. Oh, on dirait, pourtant. C'est tout l'art du mensonge.
((et elles reviennent, ces abominations
encore encore -accumulation))
Ce sourire sur ta bouche, peut-être qu'il était enfin un peu juste. Peut-être que tu étais vraiment heureuse d'entendre sa réponse, de croire un instant qu'il se souciait de tout ça -et puis tu te rappelles, Sybil, que toute tendresse a été construite sur des piliers de sable et de cendre ; tu les sens presque s'effondrer dans ta bouche.
Il y a du silence, quand tu le suis.
Il y a du silence, dans tes spectres bleuis.
Si nous étions dehors, on ne se serait peut-être jamais rencontré.
Il y a un haussement d'épaules un peu coupable, de celui qui s'est imaginé la chose. Faust, c'était un brouillard, une espèce de bruine dans laquelle tu t'étais enfoncée pour t'aider toi-même mais de laquelle tu n'arrivais plus à ressortir -et tu te demandes à quoi tu aurais occupé tes journées, si ce n'était à tenter de t'enfuir. Tu ne sais pas. Qu'importe. Le vent s'est levé sur ces barrières de papier -il s'en va. Bientôt. Bientôt. Et tu ne te sens pas plus coupable qu'avant.
((pas moins, non plus))
Tu passes devant les étalages de nourriture, le regard un peu trop fixe. Ça te rappelle tes années d'études, quand à midi les salles bruyantes se remplissaient encore plus. Il y avait dans ces lieux une espèce de joie ambiante. Ici, c'était morne.
Tu prends des légumes, un peu comme toujours. Une pomme, un yaourt. Quand tu te retournes, il y a tellement de chaises vides -il y a ce sentiment d'abandon qui frappe ta cage thoracique, soudainement.



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Mar 27 Oct - 13:19
Oui, peut-être ne se seraient-ils jamais rencontrés s'il avait été dehors... Une ombre passa sur le visage de Faust. De qui était-ce la faute ? Sybil ou lui-même ? Étaient-ils fautifs tous les deux ? Bon sang, il n'avait vraiment pas besoin d'entendre ce genre de remarque cynique en un instant pareil. Extérieurement, Faust avait seulement l'air plus fermé que d'ordinaire, mais intérieurement, il s'enfonçait dans un déprimant trou noir. Ah oui, c'est vrai, le hasard de la vie est bien cruel... il propose des rencontres intéressantes, mais au prix de quels sacrifices...
Faust voyait à peine ce qu'il se servait, et cela n'avait d'ailleurs que peu d'importance, car il n'était pas réputé pour être un homme difficile. S'il avait eu l'estomac fragile, ces dix-huit dernières années l'aurait guéri de cette petite faiblesse. Ce n'était pas à proprement parler mauvais, mais ce n'était clairement pas un restaurant gastronomique. Faust avait envie de parler. Ce n'était pas la première fois qu'il ressentait ce genre d'envie, mais il devait faire face à un problème effrayant : comment mettre des mots sur son ressenti, comment réussir à exprimer et faire comprendre ce qui lui passait par la tête ? Il y avait dans ce processus un blocage particulier qu'il ne parvenait pas à comprendre et qui faisait de lui cet être taciturne et haineux. Il n'était pas sujet au stress, mais il contenait tout : il fallait bien que ça sorte d'une façon ou d'une autre.
Trouver une place où s'installer ne fut guère difficile, car la salle était plutôt vide – mais bientôt, ce ne serait plus le cas, et la pièce fourmillerait d'individus d'horizons divers qui avaient tous chuté ici. Ce n'était pas plus mal, car Faust supportait mal la sensation d'enfermement que la foule générait chez lui. Il avait presque l'impression d'être déjà à l'extérieur, mais il n'arrivait plus à se sentir aussi euphorique qu'auparavant. Heureusement, le moral de Faust restait encore à un niveau satisfaisant. Il n'avait pas envie de se mettre en colère.
Ils s'installèrent à l'une de ses places favorites, celle qui donnait un aperçu de la prison. La scène n'était pas réjouissante, mais cela valait mieux que regarder ces vermines se restaurer derrière lui. Faust se dit que s'il avait été artiste, il se serait servi de cette vision pour symboliser toutes ses noires pensées. Il en aurait fait quelque chose de noir, de chaotique, de torturé, avec des pointes de couleur criardes pour symboliser les prisonniers – du rouge sanglant, du jaune agressif, du bleu sombre, du vert corrompu.

« J'y pense... Je ne t'ai jamais demandé pourquoi tu as atterri ici... pourquoi tu avais basculé. »

Comme si Faust allait le faire. Connaître les motivations de chacun n'était pas dans sa nature. Mais en cet instant précis, lors de cette scène messianique où il prenait son dernier repas avec Sybil, Faust se disait qu'il serait peut-être temps de rétablir un peu la vérité à propos de sa camarade. Il voulait savoir si, tout comme lui, elle avait été prise par la folie, ou si elle avait été conscience de ses gestes. Il se rendait compte qu'il n'avait pas envie de la quitter sur une image fausse. Les égarements de ses premiers jours ici avaient laissé à Faust une assez mauvaise impression qu'il avait bien du mal à abandonner. Il avait besoin d'un peu d'espoir.
Et peu importe si, après tout, la question est indiscrète ou fait mal. Faust n'avait pas la douceur nécessaire pour ménager les autres. Il n'y avait pas de place pour la faiblesse. Il fallait faire face à toutes les épreuves de la vie, y compris les questions indiscrètes et blessantes de personnes qui ne vous voulaient pourtant pas de mal. Une personne normale aurait dit tu n'es pas obligée de me répondre. Mais le regard de Faust, lui, disait tout le contraire : j'attends tes explications.

« Si je me souviens bien, tu avais agressé quelqu'un, ou quelque chose dans ce genre. Ou alors, c'était de la légitime défense, je crois... »

Faust essayait de se souvenir de ce qui lui avait été dit, mais il n'avait pas été attentif à l'époque, c'était donc peine perdue. S'il voulait donner une bonne image de lui, il s'y prenait très mal. Il avala un gros morceau de viande tout en lançant un regard inquisiteur, quoique également bienveillant, à sa voisine. Faust n'était pas comme les autres : il saurait l'écouter. Il saurait comprendre ce qui l'avait poussée jusqu'ici. Et ainsi, peut-être Faust serait-il capable de se comprendre lui-même...
Mais ce désir-là, secret, interdit, n'avait pas sa place parmi les pensées du prisonnier.
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