virtualis logía

CBOX


▲ Soyez respectueux envers tout le monde.
▲ Tout propos diffamatoire est interdit : injures, troll, mature...etc.
▲ Cette Cbox est aussi ouverte aux invités. Les gentils mots et les questions sont les bienvenues !
▲ N'abusez pas du flood dans cette partie : privates jokes, spam...etc.

Partagez | 
Un petit goût de nostalgie. (Jaeden)
avatar
Citoyen
Messages : 23
Expérience : 2100
Métier : Journaliste immobilier.
Dim 15 Nov - 22:44
Rien à faire, Faust déteste la Neon Avenue. Ce constat s'impose à lui tandis qu'il avance tranquillement dans sa ville natale. Cette vie lui donne des frissons de dégoût. Non pas à cause de ces couleurs criardes, qu'il a su aimer un jour – le souvenir du goût qu'il en avait reste présent, peu tenace cependant, dans son esprit -, non pas à cause de la concentration de personnes, qu'un solitaire comme lui ne peut apprécier. Non, ce qu'il déteste à la Neon Avenue, et par extension dans tout Chróma Pólis, est le sentiment que ce lieu n'est plus fait pour lui. Faust a perdu ses couleurs, il a la couleur de la nuit sans lumière, ou de la flétrissure, pour peu que ces couleurs soient différentes l'une de l'autre. À un certain niveau de misère, toutes les couleurs se ressemblent et s'annulent entre elles.
Contrairement à lui, la ville n'a pas changé. Faust peut sentir cette différence dans le fond de son être. Cette ville s'adresse aux innocents, ceux dont le cœur justement n'a pas été touché par l'ombre. Elle n'a pas changé de public ou de fonction, et se contente de briller avec le même faste qu'auparavant. Mais elle ne l'émerveille plus – ou plutôt, elle l'émerveille encore, mais avec une telle force que Faust que son cœur va exploser sous le coup de la torture. C'est comme s'il essayait de regarder le soleil dans les yeux : Faust ne peut que s'y brûler.
Et pourtant, tous ces sentiments négatifs ne l'empêchent pas vraiment de s'y promener. Faust ne se demande pas pourquoi : il sait qu'il a à cœur de surmonter tous les obstacles qui se présentent à lui dans sa quête de la vie d'un bon citoyen. S'il ne peut pas se promener tranquillement dans une ville d'innocents, de quoi a-t-il l'air ? D'un ermite ? D'un inadapté social ? Ce jugement l'effraie, car il a une fois déjà été placé à la marge de la société. Il sait ce que cela fait d'être isolé dans une enceinte inhospitalière. Ce qui avait fait tenir Faust était la certitude que tout s'arrangerait une fois sorti de prison, mais il n'en est désormais plus sûr. Faust se dit qu'il serait bien pire de ressentir la même chose qu'auparavant, mais entouré de toute la société cette fois-ci.

Faust ne se laisse pas à aller à penser. Il préfère avancer dans l'avenue comme s'il la possédait. Il bombe fièrement le torse, geste inconscient qui illustre fort bien son attitude avec le monde. Pour une fois, Faust a quitté sa demeure à Viridi Civitatem dans l'espoir de retrouver des gestes de sociabilité. Le choix du lieu n'est pas anodin : sa ville natale est symboliquement ce qu'il était auparavant, celui qu'il aimerait retrouver.
Bien sûr, Faust ne s'y rend pas sans raison : si certaines personnes peuvent se promener dans la Neon Avenue sans avoir besoin de prétexte, ce n'est pas le cas de Faust. Il se sent bête à simplement se promener, d'autant plus qu'il est seul. Il a rapidement l'air dangereux lorsqu'il est seul, comme s'il était un rôdeur en quête de proie ou un individu agressif et mal luné. Pourtant, Faust ne ferait pas de mal à une mouche. Mais puisque Faust n'aime pas se sentir bête, il préfère avoir une bonne raison de venir. Des spectacles pyrotechniques organisés de nuit lui semblent un prétexte suffisant, surtout lorsqu'un grand créateur a conçu le spectacle. Lorsqu'il était enfant, Faust venait souvent y assister. Il était à l'époque plus impressionnable et pensait vraiment que la lumière qui, tout à coup, se propulsait vers lui allait le transpercer. Désormais adulte responsable, Faust sait bien que la lumière ne peut lui faire de mal. Il se demande bien quelle va être sa réaction lorsqu'il les verra.
Mais la situation ne se passe pas comme prévu. Faust avait pourtant imaginé à l'avance ce qu'il ferait lorsqu'il arriverait – prendre place dans un lieu éloigné du cœur de la foule, mais où sa visibilité serait bonne, se tenir à l'écart des autres, ne pas les regarder, ne pas leur faire de sourire glauque. Mais rien de tout cela ne l'a préparé à cette grande silhouette qu'il reconnaît à quelques pas de lui. Ils ont toujours eu la même taille et plus en commun que ce que Faust veut bien avouer. Il pense d'abord qu'il fait erreur, qu'il n'y a aucun moyen de le retrouver ici, mais de se rappeler que Jaeden est un gardien et non un prisonnier. Il est libre de sortir de là lorsqu'il le désire.
Ce qui avait toujours dérangé Faust.

Soyons honnête. Faust ne s'attendait pas du tout à ce coup du sort. Il se doutait bien qu'il rencontrerait des personnes qu'il avait croisées en prison, mais pas lui, alors que c'était lui qui était le plus susceptible de croiser. Faust n'y avait jamais pensé, car il s'était persuadé que leur amitié disparaîtrait le jour où il retrouverait la liberté. Il avait toujours su qu'il devrait un jour quitter Jaeden, et il avait eu le sentiment que leur séparation serait facile, car aucun des deux ne tenait vraiment à l'autre.
Mais si c'était une erreur ? Si Jaeden avait une place dans la nouvelle vie de Faust ?
L'ancien prisonnier secoue la tête. Il n'a plus vingt ans, il ne croit plus en cette amitié formidable et indestructible que nous présentent les fictions. Il sait à quel point l'amitié est fragile. Trois ans loin de Jaeden ont sans doute fait leur effet. Faust est surpris, ravi et contrarié à la fois. Il ne sait pas trop ce qu'il doit en penser.
Mais une chose est sûre. Il ne saura pas s'il ne va pas lui parler. C'est pourquoi Faust s'en va le saluer. Après tout, s'il ne reprend pas contact avec lui, il ne saura pas s'ils sont faits pour être amis ou si les circonstances seulement les avaient rapprochés. Il n'en sait rien lui-même.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Joueur
Messages : 6
Expérience : 700
Classe : Tank
Type : Métal
Niveau : Expert
Métier : Gardien de la prison Dexiá.
Dim 22 Nov - 0:51
Un petit goût de nostalgie


Chrôma Polis. Depuis combien de temps n'étais-tu pas venu ici ? Trop longtemps, d'après la figure maternelle. Elle se plaint toujours que tu ne vient pas la visiter assez régulièrement. Et comme à chaque fois, tu te contentes de lâcher un grognement lascif, accompagné de ta grimace atypique.

Tu n'aimes pas Chôma Polis. Tu n'as même jamais aimé être dans cette ville, et ce n'est pas aujourd'hui que cela va changer. Tu n'as jamais été en accord avec son caractère toujours festif que tu prends encore comme une provocation. Un rappel incessant de ce qu'a été ton enfance. Une moquerie cuisante qui te ramène encore aux nombreux moments où tu étais la joue collée contre le carrelage froid du salon de votre maison bancale. La lèvre coupée. L'arcade pissant le sang. L’œil gonflé par un hématome jaunâtre. La peau sur tes côtes virant à l'indigo. Tu as toujours dénoté au milieu de cet univers multicolore. Et encore aujourd'hui, tu fais tâche au milieu de la rue sur-éclairée pour la nuit.

Les mains enfoncées au fond des poches de tes jeans, tu avances sans but réel dans cette immonde foule de touristes. Des touristes attirés comme des abeilles sur un pot de miel par les attractions nocturnes que propose Chrôma Polis. Beaucoup jouent des coudes pour pouvoir se frayer un chemin, ce qui n'est pas ton cas. Ta carrure te dispense de ce genre de désagrément, la foule se divisant devant toi comme la mer l'a fait devant Moïse. Si tant est que ce soit véridique. Mais à dire vrai, tu ne t'en préoccupes pas tant que ça.

Tu n'as pas envie d'être ici. Tu n'as aucune raison d'être au milieu de cette nuée sans cervelle. Tu n'as même pas ressenti un besoin d'être présent dans ce défilé de couleurs toutes plus criardes les unes que les autres. Pourtant tu es là. Surplombant la rue de ta taille. Tu t'imposes à celle qui t'a rejeté des années durant. Elle se rit toujours de toi, en ce moment même, mais contre toute attente, tu ris avec elle. Tu la remercies presque de t'avoir descendu plus bas que terre alors que tu pensais avoir touché le fond. Parce que Chrôma Polis, ces lumières et ces couleurs, ont forgé une partie de ton être.

Tu t'arrêtes finalement à un stand alcoolisé, paies ta commande et vas t'appuyer sur la barrière juste à côté. La nuit est bien avancée, mais l'air est loin d'être frais. Il est lourd, étouffant, regorgeant de cette chaleur humaine que dégage la populace. Tu sors machinalement une cigarette que tu visses entre tes lèvres, forçant les souvenirs de ton enfance à retourner dans les tréfonds de ta mémoire.

Et puis tu l’aperçois.

Cet homme que tu pensais ne jamais revoir. Un peu comme tout ceux que tu as rencontré dans ton boulot. Ceux de l'autre côté des barreaux, comme tu as tendance à les nommer. Tu ne t'attaches jamais aux détenus que tu te dois de surveiller. Et sans dire que tu t'es amouraché de cet homme, tu ne peux nier qu'un lien étrange et surprenant vous liait. Tout comme tu ne nies pas savoir que, lors de sa sortie, ce lien se détruirait. Tu te souviens encore de son dernier jour à Dexiá. Tu te souviens l'avoir fixé comme chaque jour depuis que tu bosses dans cette cage. Tu te souviens lui avoir adressé cette grimace qui n'appartient qu'à toi. Mais même lorsqu'il a disparu de ton champ de vision, tu n'as pas eu l'impression de perdre quelque chose. Tu n'as rien senti qui se brisait en toi.

Ce lien n'était-il donc qu'illusion dans ce milieu austère ? Peut-être que oui. Peut-être que non. Qui sait ? L'être humain est d'une complexité sans pareille. Maintenant que tu le vois, aussi grand que toi, des cheveux aussi sombre que les tiens, tu ne saurais dire s'il t'a manqué ou non. Tu ne bouges pas de ta barrière, le laissant venir jusque toi. A dire vrai, tu ne sais pas comment réagir. La plupart des détenus voudraient te voir à leur place, et tu ne sais pas si tel est le cas de Faust. Tu lui tends une main légèrement bourrue.

▬ Faust. Ca fait un bail.

Tu ne peux t'empêcher de grimacer.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Citoyen
Messages : 23
Expérience : 2100
Métier : Journaliste immobilier.
Dim 22 Nov - 16:02
C'est étrange, leurs retrouvailles se font avec un naturel qui surprend Faust. Leur poignée de main est franche. Aucun d'eux ne cherche à écraser les os de l'autre. Ils se contentent simplement de se serrer la main. Pourtant, cela ne permet pas à Faust de se détendre totalement. Jaeden grimace un peu. Lui aussi en a un peu envie. En fait, Jaeden aussi est pris au dépourvu. Il est si étrange de constater qu'un événement que l'on pensait achevé pour de bon connaît en fait une continuation.
Le plus simple était fait : la prise de contact. Dire bonjour fait partie des compétences de base des êtres humains, même Faust l'inadapté social en est capable. Mais la suite est beaucoup plus difficile. La facilité avec laquelle ils discutaient autrefois peut-elle être retrouvée ? Pourquoi se sent-il si anxieux à l'idée de ne pas réussir à recoller les morceaux ? Sans doute parce que Faust craint une nouvelle défaite. Il sait qu'il n'est plus capable de discuter avec des personnes normales, mais ce n'est pas le cas de Jaeden. Il est à mi-chemin entre les criminels et les civils. Autant dire que s'il se sent mal en sa présence, ce sera un coup dur pour Faust. Il en a assez des désillusions.
Puisqu'il a fait le premier pas, Faust comprend que c'est à lui de continuer la conversation. De briser la gêne qui risque de s'instaurer entre eux s'il laisse le silence s'installer.

« Je suis sorti. » Quelle remarque intelligente. Jaeden le constate. « Il y a trois ans. » Il rajoute ce détail, afin d'éclairer un peu la situation.

Faust tout à coup s'étonne : comment ont-ils pu faire pour ne pas se rencontrer en trois ans ? Certes, il faut un événement particulier pour inciter Faust à se rendre à Chróma Pólis, ce qui limite les possibilités de rencontre, mais ce n'est pas pour autant que toute rencontre est impossible. Ils ont pu se retrouver. Maintenant qu'il y pense, Faust n'est plus sûr que Jaeden habite bien à Chróma Pólis. Ils en avaient parlé, mais l'information se retrouve perdue dans sa mémoire. Il n'y a plus accès.
De toute façon, Jaeden a eu largement le temps de déménager en trois ans. Il doit y avoir beaucoup de choses qui ont changé en trois ans. Beaucoup d'informations à mettre à jour.
Une explosion de couleurs se produit dans leur dos, suivie par une vague de cris enjoués. Faust comprend que le spectacle a commencé dans la joie et la bonne humeur. Néanmoins, Jaeden et lui échappent un peu à cette allégresse générale. Comme s'ils étaient enfermés dans une bulle temporelle coupée du monde. À partir de maintenant, des éclairs colorés zèbrent régulièrement le visage de Jaeden, mettant en évidence les traits de son visage. Faust ne doute pas que le même effet se produit sur son propre visage. En fait, c'est étrange. Faust se demande combien de temps il va tenir avant d'exploser de rire.

« Je ne t'ai jamais vu ici. » Faust emploie un ton plus solennel que ce qu'il aurait souhaité. « Est-ce que tu habites là ou... tu as une raison particulière de venir ? »

En questionnant Jaeden, Faust se rend compte que la situation a bien changé. Jaeden n'a plus la moindre autorité sur lui. C'est fini, tout cela, ils sont égaux. Faust s'était toujours douté qu'il serait étrange de rencontrer un gardien à sa sortie, mais lorsque ça lui arrive, il comprend toutes les implications. Peut-être peuvent-ils véritablement devenir amis désormais, à présent que le milieu carcéral ne les écrase plus sous son sceau de convenances.
C'est étrange qu'il veuille encore garder contact avec Jaeden. Lui qui rejette en bloc toutes ces années de sa vie, lui qui pense qu'il n'y avait rien de positif à l'époque. Faust cherche à sauver une partie de sa vie passée qui contredit l'idée qu'il a totalement gâché sa vie. Mais il ne se rend pas encore compte de ce qu'il est en train de faire.

« Avant, j'habitais ici. Mais maintenant, je suis parti, je ne me sentais pas à ma place ici. »

L'aveu vient alors que Faust se détend et accepte l'idée qu'il peut retrouver un lien positif avec le passé. Jaeden comprend sans doute ce qu'un prisonnier ressent lorsqu'il est libéré. Il peut peut-être aider Faust à retrouver la voie de la rédemption. Sauf si lui aussi est corrompu par Dexia.
C'est à l'occasion d'un nouvel éclat de lumière que Faust éclate de rire. L'éclat recouvre les yeux de Jaeden comme un masque de super-héros. L'effet est ridicule, ne correspond pas à l'image de ce grand gaillard impressionnant. Pourtant, Faust se laisse aller à son hilarité, même si le type devant lui n'est pas très drôle. Cela permet à une partie de sa nervosité de s'évacuer.
Et Jaeden, partage-t-il ce sentiment ? Va-t-il lui aussi se laisser aller et retrouver des anciens réflexes, réactualisés dans cet étrange nouveau contexte ?
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Joueur
Messages : 6
Expérience : 700
Classe : Tank
Type : Métal
Niveau : Expert
Métier : Gardien de la prison Dexiá.
Dim 6 Déc - 4:00
Un petit goût de nostalgie


Tu n'es franchement pas à l'aise, et d'après ce que tu peux voir, ton vis-à-vis est dans le même cas que toi. C'est pourtant tout naturellement que vos mains se serrent, sans besoin de domination venant de l'un ou l'autre. Un poignée de main franche, et un peu maladroite, tu l'admets. La situation est pour le moins cocasse. Tu ne sais pas s'il existe un guide sur les « retrouvailles post milieu carcéral », mais dans le cas étonnant de son existence tu es persuadé qu'il te serait d'une grande aide.

Maintenant, tu hésites. Dois-tu être le premier à prendre la parole, ou non ? Serait-ce stupide de penser que si tu le faisais, ce serait comme exprimer une position supérieure à celle de ton vis-à-vis, une façon de lui rappeler où est-ce qu'il a passé un bon nombre d'années de sa vie ? Heureusement pour toi, il se décide à prendre la parole avant que tu n'ouvres la bouches. Tu hausses simplement les épaules à ses premiers mots, témoins de sa difficulté à engager la conversation. Tu es dans le même cas. Vous êtes tellement semblables, de vrais handicapés sociaux.

▬ Trois ans, putain..

Tu as l'impression que le temps s'était arrêté à la sortie de Faust, et qu'il vient d'entièrement s'écouler dans les dernière secondes. Tu te rends soudainement compte que tu n'as plus vingt-six petites années, mais bien vingt-neuf, et que l'eau a fortement coulé sous les ponts. Tu tires négligemment sur ta cigarette, prenant soin de ne pas recracher l'air nocif et blanchâtre au visage de ton compagnon d'infortune.

Trois ans, c'est long... Mais c'est peut-être le temps qu'il faut pour que tu puisses retrouver Faust, sans que votre lien étrange ne soit perdu. Parce que tu es persuadé que c'est ce qu'il se passe en ce moment.

Votre lien renait, lentement mais surement.
Et vos prochaines paroles vont déterminer s'il en vaut la peine.

Tes sourcils se froncent lorsque tu entends sa voix. Solennelle. Et le contraste avec les couleurs qui se déplacent sur sa peau en est affreusement étrange, quasi dérangeant. La rue est probablement trop impersonnelle pour de pareilles retrouvailles. Tu en es même certain. Vient le moment ou tu te dois de prendre la parole, et tu te sens horriblement stressé. Chaque mot te semble d'une importance capitale, et le moindre faux pas enverra l'avenir d'un Faust x Jaeden droit en enfer, sans possibilité de retour. Et ça, ce n'est vraiment pas ce que tu souhaites. Tu reprends une bouffée de nicotine.

▬ Je suis né ici. Dès que j'ai pu, je me suis barré de ce trou coloré de merde. Cette ville n'a jamais voulu de moi.

Tu grimaces, encore. Et pour cause, Faust vient littéralement d'explosé de rire. La raison ? Elle t'es inconnue, mais tu ne doutes pas un instant que ces putains de lumières sont fautives. Cette ville veut ta peau depuis ta naissance, ce n'est pas maintenant que ça va changer. Cependant, le rire de ton compagnon est légèrement communicatif, et ta grimace se transforme, contre ta volonté, en un léger sourire maladroit. Miracle, tu souris ! Tu laisses Faust se remettre de son hilarité spontanée, finissant ta clope avant de l'écraser sans ménagement sur le bitume.

▬ Maintenant que t'as fini de te foutre de ma gueule, je te paie quelque chose à boire ?

Malgré les mots frugalement agressifs de ta phrase, rien ne laisse douter de ton envie de prolonger le temps avec ton camarade. Tu lui indique d'un signe de tête le stand à côté duquel vous être toujours posté. Qui aurait cru, il y a plus de trois ans, que tu te retrouverais ici, avec Faust, à lui proposer autre chose que de l'eau ou du soda à boire. Tu n'as jamais été, et ne sera probablement jamais, de ces gardiens supérieurs et fiers qui en font voir de toutes les couleurs aux détenus.

▬ Profites en. J'suis généreux ce soir.

Tu as toujours considéré Faust comme ton égal, comme la quasi totalité des résidents de Dexiá. Mais maintenant qu'il est en face de toi, tu te rends compte de l'effet que cela peu avoir sur lui. Lui qui n'a jamais eu l'occasion de se sentir à ton niveau pour cause des entraves carcérales.

Mais il l'est. Et tu t'en réjouis presque.


HRP :
 
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Citoyen
Messages : 23
Expérience : 2100
Métier : Journaliste immobilier.
Jeu 10 Déc - 22:04
Peu à peu, toutes les inquiétudes de Faust commencent à se dissiper. Il se rend en effet compte qu'il ressemble plus au gardien de prison que ce qu'il pensait. Ce constat ne peut que lui faire plaisir, car lui, au moins, n'a jamais dévié du droit chemin et reste une personne respectable. Faust y trouve un réconfort certain, car soudain, il se dit que le carcan de prisonnier dans lequel il est – ou s'est – enfermé n'est pas aussi définitif que ce qu'il croyait. Il comprend alors que la part d'ombre qui est en lui, et qui l'effraie, est un aspect essentiel de sa personnalité, qu'il doit simplement apprendre à contrôler, même si cela reste plus facile à dire qu'à faire.
Les trois années écoulées avaient estomaqué Jaeden, qui ne s'attendait pas à voir le temps filer si vite. Faust le comprend : en trois années, il n'a rien accompli de particulier. Il aurait largement eu le temps de reconstruire sa vie et de tourner la page, mais il ne l'a jamais fait. Ils partagent tous deux le même choc. Mais plus encore que le temps, Faust remarque que Jaeden non plus ne se sent pas à l'aise à Chróma Pólis. Ce fait n'est pas vraiment étonnant, à bien y réfléchir : tous deux semblent avoir développé une allergie particulière à tous ces néons et lumières, à toute cette joie de vivre qui ne correspond pas à leur caractère. Ils sont faits pour les endroits tristes et sombres, ceux qui permettent de révéler des choses que l'on ignorait, comme une belle amitié. Mais peut-être, pense Faust alors que son éclat de rire progressivement se perd, qu'ils sont au contraire tous les deux une réaction allergique de la ville, un rejet de la part de celle-ci de tout ce que le cœur humain contient de néfaste. Faust ayant l'habitude de se considérer comme un déchet, une telle comparaison ne l'effraie pas vraiment, mais il ne se sent pas encore prêt à partager cela avec Jaeden. Il a encore besoin d'un peu de temps.
Ce dernier, pas rancunier du tout, ne lui en veut pas de son rire moqueur. Pour Faust, cela signifie beaucoup. Depuis combien de temps n'a-t-il pas pu se moquer gentiment de quelqu'un ? Rire pour le plaisir de la rigolade, tout simplement ? Faust se rend compte que cela fait bien plus de vingt-et-un ans que cela ne lui ait été arrivé. Ces dernières années, s'il riait, il cherchait toujours à détruire quelqu'un. Ce n'est plus le cas à présent. Et pour compléter le tableau, Jaeden lui offre à boire, comme si de rien n'était. Il est normal que cette proposition ne soit jamais arrivée en prison : on ne propose pas aux prisonniers d'acheter quelque chose pendant le temps de leur détention, même si une économie souterraine peut exister. Mais même dans ce dernier cas, les offres généreuses n'étaient qu'un appât piégeux. Rien de tel ici.

« Bien sûr. » Faust est surpris, mais il sait profiter des occasions qui s'offrent à lui. « Puisque c'est si généreusement proposé. »

Le stand désigné par Jaeden est vraiment à deux pas. Faust n'attend pas que ce dernier retire sa proposition : il s'y rend directement, sachant très bien que Jaeden l'y suivra s'il ne veut pas perdre la face. Faust se rappelle qu'il n'a plus acheté de boisson dans un lieu public depuis la fameuse affaire qui a conduit à la case prison. Officiellement, il s'en est tenu à l'écart, car cela lui rappelle de trop mauvais souvenirs, mais officieusement, Faust fuit la compagnie. Pourtant, il n'est pas si désagréable de sortir accompagné, si la personne vous ressemble un minimum. À quoi doivent-ils ressembler, tous les deux ? À deux caïds, peut-être. Le vendeur, en tout cas, les regarde d'un air inquiet d'abord puis, par le pouvoir de l'argent, se détend. Ils ne sont que deux clients pacifiques, après tout. Faust laisse Jaeden régler sa tequila, puis décide de s'éloigner un peu de la foule qui le rend mal à l'aise. Il cache ce sentiment derrière un air neutre et des gestes brusques visant à faire écarter les autres de son chemin.

« À la tienne. » commente Faust en buvant sa première gorgée.

Heureusement, sa dernière consommation d'alcool remonte à moins de trois ans. Faust en avait un peu perdu l'habitude, à cause du régime imposé en prison, mais il l'a désormais reprise, même s'il ne se montre pas un consommateur excessif, conformément à sa politique de citoyen honnête. Qui plus est, il ne sait pas ce qu'il est capable de faire sous l'effet de l'alcool. Cette peur est capable de lui couper l'envie d'en boire. Enfin, Faust n'est pas tout seul, il pense donc qu'il ne risque pas grand chose. Il se laisse aller, cette fois-ci, se détend totalement et se décide à profiter de sa soirée, et tant pis pour la foule oppressante autour de lui.
Puisqu'il a autre chose à regarder.

« Quand j'étais gosse, j'aimais beaucoup les feux d'artifices, je trouvais ça super joli. Mais maintenant que je suis vieux, ça a un peu perdu de sa magie. C'est que de la lumière soigneusement arrangée, non ? »

Cela dit, Faust doit admettre que le résultat est assez joli. Il comprend pourquoi les foules se déplacent. Lui aussi ressent l'attrait de cette beauté, mais il ne se sent plus capable d'y succomber comme avant. Il n'aime plus laisser son esprit s'anéantir dans la contemplation du sublime. Il croit que cela s'appelle l'âge adulte, ou quelque chose comme ça – l'incapacité à s'émerveiller comme un enfant.
Et au fond de lui, Faust pense qu'il commence à comprendre Jaeden. Cela peut paraître un peu prématuré, mais il a une toute nouvelle vision du gardien. Cette gentillesse, bien cachée sous une couche de rudesse, est réelle. Il n'a jamais pu s'en rendre compte jusque là, parce qu'il était trop concentré sur sa propre misère, mais Jaeden a fait beaucoup pour rendre son séjour en prison supportable. Parce que déjà, il le traitait comme un être humain et non comme un prisonnier parmi tant d'autres.

« C'est peut-être que quand on connaît les pires aspects de l'âme humaine, on peut pas vraiment comprendre qu'on soit aussi capable de faire quelque chose de joli. C'est juste... totalement insensé. »

Et Faust y connaît quelque chose, aux noirceurs de l'âme humaine. C'est également le cas de Jaeden, qui ne peut fermer les yeux sur toutes les ordures qui pullulent sous ses yeux. Tant de contraste semble si difficile à comprendre : on a bien du mal à comprendre que les monstres puissent avoir des sentiments.
Finalement, Faust est convaincu que le monde n'a pas de sens. Il aimerait beaucoup qu'il existe quelqu'un qui lui affirme le contraire, mais il sait que cette personne n'existe pas, et qu'il est obligé de faire avec ce putain de monde matérialiste où les valeurs sont sans dessus dessous.
Alors pourquoi n'apprécierait-il pas le feu d'artifice avec Jaeden, en fin de compte ?

HRP:
 
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé
Revenir en haut Aller en bas
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» JOEL POURQUOI VOTRE PETIT INOSANG A SI PEUR DE LA PRISON ET DE L'EXIL ???
» Petit besoin (d'un Courant) d'air
» Un petit caniche ou bichon ? 3 ans maltraité (60) ADOPTE
» MILOU petit croisé bichon gris 7 ans au Beaussart ADOPTE
» recherche chien/chienne de petit poids (environ 2-3 kg)REGLE

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 :: parangelía :: chróma pólis :: neon avenue-